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Album photos![]() Je commence ce billet en faisant mes excuses les plus plates à tous les amateurs de patinage artistique que j'ai induits en erreur. Ce n'est pas L'hymne à l'amour qui devait clore le programme libre de Joannie Rochette, mais bel et bien Samson et Dalila. C'est donc sur ce thème que Joannie Rochette a commencé son programme dans un silence qui avait des allures de recueillement. L'histoire de cet opéra de Camille Saint-Saëns, c'est Dalila qui emploie tous ses charmes pour découvrir le secret de la force. Ce secret, Joannie Rochette l'a trouvé dès les premiers instants de la compétition. Ses mouvements empreints de grâce lui donnaient l'air d'un ange. Un ange sur patins qui avait des ailes à chacun de ses sauts, littéralement soulevé et emporté par la foule qui retient tout de même son souffle avant chacun des sauts. Cette foule aussi qui libère ses craintes par des applaudissements nourris comme si c'était une délivrance d'un incroyable suspens qui va durer quatre petites minutes. La force de caractère de la patineuse décuplait au fur et à mesure que le programme avançait. Un moment de pure magie sur glace. Le public ne s'y trompe pas et applaudit à tout rompre la performance qui frise l'exploit. Maintenant, Joannie Rochette à l'air dans une autre dimension, la fluidité de ses sauts s'enchaîne comme si une force étrangère la propulsait dans les airs. La pensée de sa mère décédée devait l'habiter et lui donner ce courage dont elle avait tellement besoin. La fin du programme était tout simplement époustouflante. La foule du Pacific Coliseum est debout et Joannie lève les yeux au ciel comme si elle voulait remercier sa maman. C'est ce qu'elle fera les yeux en larmes en attendant les résultats des juges, qui finiront par lui octroyer le bronze. Un bronze qui vaut de l'or pour certain. La joie et les larmes En entendant les vivats de la foule, je croise Ottavio Cinquanta, le président de la Fédération internationale des sports de glace. Je lui demande ce qu'il pensait de celle qu'on a surnommée la patineuse courageuse. Il me dit que c'est une athlète extraordinaire qui a surmonté son chagrin. Il me parle ensuite de la force psychologique des athlètes et de son importance. Ému, il me lance : « L'athlète ce soir a dépassé la personne... Avez-vous bien compris? » me rajoute-t-il. Ce que m'avait dit plus tôt la double médaillée d'argent des Championnats du monde, Marie-France Dubreuil, s'est révélé : « Vous savez, la glace pour Joannie, c'est une sorte de refuge. C'est tout ce qu'elle connaît et c'est le seul endroit où elle peut s'échapper. Attendez-vous à voir une guerrière ce soir! » En sortant du Pacific Coliseum, je croise Marcel Aubut, le président du Comité olympique canadien, les yeux encore rougis par l'émotion. Alors, encore une soirée mémorable? Le souffle court et encore sous le choc, il me répond : « C'est un jour qui va rester gravé dans ma mémoire, peut-être le plus beau de ma vie. » Pendant que Joannie Rochette monte sur la troisième marche du podium, un policier essuie discrètement une larme et une bénévole, le regard hébété et le rimmel coulant me dit : « Elle est belle, n'est-ce pas? » Comme si elle cherchait les mots pour donner un sens au moment magique qu'elle venait de vivre. La patineuse québécoise repart de ces Jeux le coeur lourd. Et ses larmes qu'elle a partagées avec le monde entier resteront gravées dans les mémoires. Des larmes légitimes qui peuvent maintenant couler sereinement, avec les siens autour d'elle. En regardant sa médaille, qu'elle a sûrement dédiée à sa mère, elle pourra être fière d'avoir relevé un défi qui a pris ici des allures d'offrandes. Comme Dalila dans l'opéra, elle a trouvé le secret de la force : le courage!
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À mon arrivée au Pacific Coliseum, il régnait une curieuse atmosphère. Était-ce l'ambiance habituelle des spectateurs du patinage artistique ou le fait qu’on allait assister à un moment de pure magie? Tout le monde savait que la patineuse courageuse allait fouler la glace dans quelques heures, malgré le drame qui s'était abattu sur elle deux jours avant. Elle a perdu subitement sa maman, sa confidente, sa supporter numéro un, son épaule réconfortante dans les années de doute, et surtout, un morceau d'amour. Le public patient attendra quatre heures avant que les haut-parleurs n'annoncent le nom de Rochette. Spontanément, la foule l'applaudit, et les vivats du coeur se font aller bruyamment. J'avais croisé quelques minutes auparavant le grand Elvis Stojko qui me disait que cette soirée allait être celle du coeur. Que Joannie allait être transportée par la foule. C'est sur La Cumparsita, un tango rendu populaire par Carlos Gardel, que Joannie Rochette a commencé son programme court. La tristesse, la mélancolie et la nostalgie de la musique illustraient bien cette soirée particulière. Dès son entrée, la foule réunie au Pacific Coliseum a ovationné la patineuse endeuillée. Compassion, communion et débordement d'amour, c'est ce que les spectateurs ont envoyé comme message à la courageuse Joannie qui, malgré sa peine, avait décidé de participer quand même à la compétition olympique. Le silence entourant le début du programme avait des allures de recueillement. Puis chaque exécution était chaudement applaudie, comme si la foule offrait des ailes à un ange sur patins. D'ailleurs, il devait y avoir un ange qui veillait sur elle, tellement elle rayonnait avec des vrilles quasi parfaites soulevant à chaque fois cette foule tout acquise. Joannie Rochette était maintenant dans un état de grâce et la fin de son programme était époustouflante. Cette fois, c'est tout le Pacific Coliseum qui est debout et les larmes peuvent enfin apparaître comme une délivrance. Des larmes partagées avec le public qui pleure lui aussi. Autour de moi, journalistes australiens, américains et français se lèvent et applaudissent l'héroïne en essuyant discrètement le coin de l'oeil. Même le président du Comité olympique canadien, Marcel Aubut, a les yeux pleins d'eau! Joannie Rochette est 3e à l'issue de cette première épreuve, mais le classement importe peu à la foule qui applaudit à tout rompre la force morale et la bravoure de la patineuse québécoise. Ce soir (mardi), Joannie a littéralement été emportée par la foule comme dans la chanson de la grande Édith. Cette force, elle devra la retrouver jeudi pour le programme long, qui aura étrangement pour thème une autre chanson d'Édith: L'hymne à l'amour. Une chanson que sa maman écoutait dans la voiture quand elle emmenait Joannie à l'entraînement, et que l'athlète a adoptée. En surmontant une peine légitime, Joannie Rochette a fait sienne la devise des grands acteurs : quoiqu'il advienne, le spectacle doit continuer. Plus qu'un spectacle, la patineuse canadienne nous a offert ce soir un véritable hymne à l'amour. Nous avons plus de la moitié des Jeux derrière nous et nous attendons toujours notre deuxième médaille à Whistler. Mais ici, ce sont les médias qui semblent plus en manque de sensations fortes que les spectateurs. Parce que tous les soirs, au Village olympique, c'est la fête! Le gros party! Surtout avec la cérémonie des médailles qui attire souvent les 5000 spectateurs attendus! Et si vous croyez que nous n'en avons que pour le ski, détrompez-vous! Je me suis retrouvée au IGA pendant le match Canada/États-Unis, et quelle n'a pas été ma surprise d'entendre au micro quelqu'un qui nous donnait le pointage! Si on a beaucoup fait état du fait français aux Jeux, à Whistler, nous n'avons pas senti la même chose. En fait, chaque fois que je me présente sur un site de compétition, on me parle français. Et dans les rues du Village, j'ai parfois l'impression d'être à Montréal tellement j'entends la langue de Molière. J'ai même rencontré quelqu'un de mon village natal, Saint-Télesphore. Faut le faire! Ravie du fait français jusqu'au jour où à la veille de faire une intervention pour la télé, un homme (qui n'avait aucun accent étranger) nous demande de quel pays nous venons... Un peu décourageant. Une anecdote que j'oublierai probablement lorsque le Canada gagnera sa prochaine médaille à Whistler! ALLEZ CANADA!! Ça brasse dans la cabane…
Je viens de passer une semaine à la Maison du hockey à Vancouver. Une grosse maison blanche où j’ai vu rouge. Non, je ne me suis pas vraiment fâché. Au contraire, je m’y suis plutôt amusé avec la gang. Une bande de partisans irréductibles fiers de leur feuille d’érable… Je ne peux pas tourner la tête sans apercevoir quelqu’un qui affiche sa préférence canadienne. Si je me fie à mon pif, ce chandail sera bientôt en rupture de stock! Dans ma cabane, à proximité du GM Place, environ 90 % des clients doivent porter l’uniforme rouge et blanc. Ces gens-là sont vendus à la cause de leur équipe. L’entraîneur Mike Babcock leur demanderait de se jeter devant un tir d’Alexander Ovechkin qu’ils le feraient sur-le-champ! Des centaines de visiteurs à la Maison du hockey ont payé jusqu’à 500 $ pour avoir leur place dans leur cabane. Ils peuvent ainsi regarder un match de hockey sur écran géant, assis à l’arrière dans la section VIP où ils peuvent manger et boire à volonté. Devant eux, il y a la « fan zone » où le billet coûte 99 $. Dans cette section, les gens paient leur bière. Je me demande d’ailleurs ce qui compte le plus dans ce prix, le billet d’entrée ou la bière? Vous voyez le genre… Moi, je rôde dans la zone des fans. Ces gens-là ont pour la plupart le feu dans les yeux. Comme Maurice Richard! Je soupçonne que l’alcool les rend un peu trop exigeants. « Il nous faut la médaille d’or. Sinon, ce tournoi sera un échec », me lance Jarome Iginla. Pas le vrai, bien sûr. C’est l’un des gars avec le chandail de ce joueur sur son dos qui m’a prévenu qu’ici, c’est tolérance zéro (on repassera pour la consommation de bière…). J’ai entendu ces remarques à plusieurs reprises. J’imagine que les joueurs de l’équipe canadienne les connaissent par cœur. Devenons sentimentaux maintenant Une pièce annexée à ma cabane est réservée aux proches des joueurs de l’équipe canadienne. C’est aussi à cet endroit que les invités de Hockey Canada ont un lieu de rencontre pour partager ensemble leur expérience olympique. Il m’arrive souvent de flâner dans le secteur. La flânerie fait partie du métier de journaliste. C’est comme ça. Dimanche soir, après la défaite du Canada contre les États-Unis, je me suis adonné à une séance intensive. Qui vois-je arriver? Joe Sakic! Notre Joe Sakic! Je parle de ceux qui, un jour, ont encouragé les Nordiques. J’avoue. Même les journalistes ont leurs favoris. « Monsieur Sakic, je suis de Québec, est-ce que je peux vous poser quelques questions? », lui dis-je en le forçant à arrêter sa marche au milieu de la foule. « Bien sûr, me répond-il. Je viens d’assister au match assis dans les gradins à quelques mètres du filet de Ryan Miller. Quelle performance extraordinaire! » - Est-ce étrange, M. Sakic, d’être un simple spectateur après tant d’années à soulever les foules? « Certainement! Je me suis amusé, mais j’avais parfois le goût de sauter sur la patinoire pour aider l’équipe, me raconte avec le sourire ce héros canadien aux Jeux de Salt Lake City. Les joueurs canadiens ont été battus par un bon gardien. Ils doivent oublier cet échec et se comporter comme des joueurs vedettes en gagnant tous leurs matchs jusqu’à la fin du tournoi... » Je l’ai remercié pour toutes ces belles années à Québec. Il est reparti, l’air détendu, entouré bien entendu d’une meute d’amateurs qui voulaient obtenir son autographe. Je pense que je vais retourner flâner près de ma cabane. Oh! Voilà Yvan Cournoyer! Me voilà en route pour une autre entrevue improvisée… Le caméraman Michel Gingras en ma compagnie. Michel en a vu de toutes les couleurs à la Maison du hockey. Par: Robert Frosi
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloirePublié le dimanche 21 Février 2010 à 17 h 40
Quand le poète français Pierre Corneille a écrit ces vers au 17e siècle, il était loin de penser que le hockey allait s'en inspirer. Et pourtant, cette maxime illustre assez bien la situation du hockey féminin. Depuis le début du tournoi olympique, les Canadiennes et les Américaines humilient leurs rivales. 41 à 2 au total des buts pour les Canadiennes et 31 à 1 pour les Américaines. On peut se demander à quoi sert ce tournoi olympique féminin. Autant chez les hommes certaines nations ont progressé, la Suisse par exemple, autant le tournoi des femmes ressemble étrangement au jour de la marmotte. Depuis l'introduction du hockey féminin aux Olympiques en 1998 à Nagano, on prend les mêmes et on recommence. Mettez le Canada, les États-Unis, la Suède ou la Finlande dans un chapeau, secouez et vous aurez la recette gagnante. Et c'est encore pire quand on parle des mondiaux. Depuis les premiers Championnats du monde en 1990, à Ottawa, et jusqu'en 2000, ce sont les mêmes podiums : Canada-États-Unis-Finlande. Seulement deux nations sont venues troubler ce trio gagnant, la Russie a terminé 3e en 2001 et la Suède en 2007. Derrière qui? Les Américaines et les Canadiennes. Et en 2008 et 2009, on a repris les mêmes trois nations pour les podiums avec de petites différences. USA-CAN-FIN! Ouf quelle excitation! Alors à quoi ça sert? Le Suisse René Fasel a cette tentative de réponse : « Tant que je serai à la tête de la Fédération internationale de hockey sur glace, je me battrai pour nos femmes qui jouent au hockey. Leur présence est importante, car la place des femmes dans le sport de haut niveau est importante. » Loin de moi l'idée de m'interroger sur la place des femmes dans le sport comme le faisait d'ailleurs le fondateur des Jeux olympiques, Pierre de Coubertin. Les femmes sont absentes des Jeux de 1896. Pierre de Coubertin pensait que le sport pour les femmes était bien pour leur santé, mais que ce n'était pas joli de voir une femme avec beaucoup de muscles! En 1900, les femmes commencent à participer aux Jeux olympiques. Il y a 16 participantes. Mais Pierre de Coubertin n'est pas d'accord. Pendant les Jeux olympiques de 1912, à Stockholm, il dit que des Jeux avec les femmes ne sont pas intéressants et qu'ils sont inesthétiques. Il dit : « Le véritable héros olympique est l'homme. Les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes. Le rôle des femmes est de mettre la couronne sur la tête des vainqueurs. » Il ne s'agit pas de cela ici. Quand on assiste à une telle disparité entre les nations, on peut se demander pourquoi continuer à maintenir cette discipline. Quel est l'intérêt sportif pour une nation de se faire planter 13-0 ou 10-1? Quel est l'Interêt sportif de voir sempiternellement les mêmes nations sur le podium? Il n'y a pas de réelle compétition et, en plus, on peut s'interroger sur le CIO qui interdit l'accès de tel ou tel sport, car il n'est pas pratiqué sur tous les continents. Le hockey féminin, c'est avant tout l'affaire de l'Amérique du Nord et de quelques pays nordiques. En fait, deux pays nordiques. Alors, pourquoi maintenir un tournoi confidentiel à l'issue déjà connue? La seule question qu'on se pose avant les Jeux c'est : qui du Canada ou des États-Unis va l'emporter cette année? Vive l'esprit olympique et son : « plus vite, plus haut, plus fort ». Moi je reprendrais Corneille à mon compte, car sa citation n'a jamais été aussi pertinente quand on parle du tournoi olympique féminin : À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire! Les dernières entrées
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